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Interview recueillie par votre serviteur aux Utopiales 2006

Présentation de
Pitof

Après avoir commencé sa carrière dans les effets spéciaux (Les visiteurs, Alien Résurrection, Astérix et Obélix contre César), Pitof s’est lancé dans la réalisation de films à effets spéciaux. En 2001, il réalise Vidocq, le premier film à être entièrement tourné en haute définition. En 2004, il part aux Etats-Unis pour tourner Catwoman avec la sculpturale Halle Berry. Et depuis, plus rien... Nous l’avons rencontré lors des Utopiales 2006 et nous lui avons demandé pourquoi il se faisait si rare.



LeFantastique.Net: Pitof bonjour, quels sont tes projets ?
Pitof: Actuellement, je cherche à réaliser un film indépendant, toujours aux États-Unis.

LF.N: Cela entraîne-t-il des démarches particulières ?
Pitof: Moi, je ne suis pas scénariste, je cours donc après les scripts. Quand un script te plaît, il faut y associer un acteur, une vedette. C’est un levier essentiel pour convaincre les producteurs. Dans 80% des cas le film se fera parce que tu as un acteur phare, une "star".

LF.N : Quel budget faut-il pour un film indépendant aux États-Unis ?
Pitof: La frontière entre les indépendants et les studios se situe aux environs des 40 millions de dollars. En dessous de la barre, tu es un gros indépendant, au dessus, cela reste du ressort des majors. Avec Catwoman, à plus 100 millions de dollars, j’étais dans la grosse production.

LF.N: Un film indépendant, est-ce plus reposant à réaliser ?
Pitof: Ce n’est pas la même chose en réalité. Il s’agit de deux mondes différents. Dans le monde du film indépendant américain, le réalisateur a la possibilité de générer un projet. Dans le monde des studios, son travail c’est de faire un film, c’est tout. Le réalisateur est engagé et il doit exécuter le contrat. Le studio est maître de tout. Pour Catwoman, le scénario ne ressemble pas du tout à ce que j’aurais voulu qu’il soit. Toutes les décisions importantes ont été prises par le studio. Avec Catwoman, j’avais un autre projet avec Jean Rabasse – avec qui j’avais notamment travaillé sur Vidocq – mais le studio l’a viré parce qu’il était trop créatif ! Au final, sur une échelle de 0 à 100, je suis responsable de 5% du film.

LF.N: On comprend mieux ton envie de tourner un film indépendant.
Pitof: Ce que je veux, c’est un rapport particulier avec les gens. Dans un studio, on t’engage pour un boulot et on peut te virer dans la seconde. J’ai eu un dilemme avec Catwoman. J’étais bien avancé dans la production mais on m’a signifié que si je n’étais pas content, je dégageais. Or, j’avais quand même un engagement personnel, je me devais de terminer le travail. Avec le cinéma indépendant, tu portes ton propre projet même si l’idée n’est pas de toi à la base.

LF.N: Il y a donc beaucoup moins de pression.
Pitof: Il y a toujours un rapport de force entre le producteur et le metteur en scène dans le cinéma américain. En France, le réalisateur a tous les pouvoirs. Aux Etats-Unis, même sur un film indépendant, c’est le producteur. Mais au lieu de dîner avec un studio de cinquante personnes, on dîne simplement avec son producteur.

LF.N: Les rapports sont donc très différents.
Pitof: Tout à fait, c’est plus affectif. La grosse difficulté quand on dîne avec un studio, c’est qu’on ne dîne avec personne. C’est une entité. On n’a jamais quelqu’un à qui parler. On te répond "OK, mais le studio a décidé que…".

LF.N: Tu penses sortir bientôt un film indépendant ?
Pitof: Oui, j’ai plusieurs projets en parallèle. Cela devrait se faire pour l’année prochaine.
J’ai déjà des acteurs pour certains, d’autres sont des projets sans "star". Pour l’instant, je démarche. Dès que j’aurais l’argent, je me mettrai au travail.

LF.N: Tu as tourné avec Lambert Wilson pour Catwoman, or Marc Caro, avec qui tu as souvent travaillé, tourne avec lui en ce moment même pour son film Dante 01. Les réalisateurs s’appellent-ils entre eux pour parler des acteurs ?
Pitof: Bien sûr. Mais c’est vrai qu’avec Marc, c’est différent. Je le connais depuis longtemps, il a été mon témoin de mariage, on a passé des vacances ensembles, etc. Quand Marc a songé à Lambert Wilson pour son film, il m’a contacté. Je lui en ai dit tout le bien que j’en pensais. Lors d’un tournage on traverse des moments de tension, surtout avec les acteurs, qui sont des personnes très sensibles. On a besoin de l’avis de quelqu’un ayant travaillé avec eux. On ne rentre pas dans les détails propre à la réalisation, cela dépend trop du projet en cours. Il n’y a ni manuel ni recette pour diriger un acteur.

Propos recueillis par Gabriel Féraud